Prédication

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© Alice Popkorn flickr.com / Libre de droits

L’Épître de Paul à Philémon est peu connu. Pourtant, il contient en quelques lignes l'essence de l’identité chrétienne. (7900 caractères).

Paul a vraisemblablement écrit cette Lettre à Philémon vers 60 après Jésus-Christ. À l’époque, il était en prison à Rome, à 1500 km de Philémon qui, lui, vivait à Colosses, dans le sud-ouest de la Turquie actuelle. Ce dernier avait été converti au christianisme par Paul quelques années auparavant.

Dans cet Épître, Paul fait l’éloge de la transformation de la vie de Philémon et parle de deux caractéristiques qui distinguent ce frère : sa foi et son amour : « Je dis constamment à mon Dieu toute ma reconnaissance en faisant mention de toi dans mes prières, car j’entends parler de ta foi dans le Seigneur Jésus et de ton amour pour tous les saints. » (Versets 4 et 5). La foi et l’amour sont donc ce qui caractérise un chrétien.

 

Examinons d’abord la foi
« Je dis constamment à mon Dieu toute ma reconnaissance en faisant mention de toi dans mes prières, car j'entends parler de ta foi dans le Seigneur Jésus. ». Paul remercie Dieu pour la foi de Philémon en Jésus. Qu’est-ce que la foi ? La foi est « …la ferme assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas. » (Hébreux 11:1). Au début, il y a la foi ; à l’arrivée, il y a la vision. La foi est un don, un cadeau de Dieu. Jésus, « qui fait naître la foi et la mène à la perfection. » (Hébreux 12:2). Pourtant la notion grecque de la foi ne signifie pas seulement « le fait de croire vrai », mais aussi la confiance et la fidélité. Les trois aspects font partie d’un tout. La foi n’est pas une recherche acharnée de la raison de l’action de Dieu, mais plutôt un ancrage confiant en lui et dans sa Parole. La confiance se fondant elle-même sur la fidélité de Dieu. Car il ne nous abandonne jamais ; « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, [car] il ne peut se renier lui-même. » (2 Timothée 2:13).

Grâce à la foi, Paul et Philémon sont en communion. Cette foi n’est pas une fin en soi, mais elle doit devenir « efficace » et « forte » (verset 6). Cette foi doit déployer des effets. Comment cela doit-il se passer ? Par la connaissance du bien. Par « connaissance », on entend ici une connaissance rationnelle qui comprend aussi une attitude de vie adéquate. Jésus veut transformer notre vie entière, pas seulement nos habitudes et notre savoir. La connaissance seule, sans transformation de la vie, ne sert à rien. À quoi la foi de Philémon est-elle devenue visible ? Au fait qu’il tenait des conférences ? Au fait qu’il allait bravement au culte tous les dimanches ? Au fait qu’il menait une vie extérieurement correcte ? Non, la foi a touché et transformé le plus profond de son être. Il vivait avec espérance, avec joie et confiance en Dieu, en communion avec ses semblables. On pouvait percevoir ces éléments en lui.

Et te concernant ? D’autres perçoivent-ils ta foi ? Vis-tu ta foi ? Lorsque d’autres te voient, voient-ils ta confiance en Dieu ? Voient-ils ta fidélité envers lui ? Ressentent-ils ta communion avec d’autres chrétiens ? Nous avons tous souvent tellement à faire, que notre vie spirituelle se retrouve en retrait ou dépérit complètement. Vivons-nous dans la foi ou dans la crainte ? Avons-nous confiance en Dieu ou dans les promesses du monde ? Sommes-nous fidèles à Jésus ou à nos péchés et à nos fautes ?

La deuxième caractéristique est l’amour
« Je dis constamment à mon Dieu toute ma reconnaissance en faisant mention de toi dans mes prières, car j'entends parler de ta foi dans le Seigneur Jésus et de ton amour pour tous les saints. » Par amour, on entend ici l’amour reconnaissant. « Là où il y a de l’amour, il y a aussi une trinité : une personne aimante, une personne aimée et une source d’amour. » (Saint Augustin). La source de l’amour est Dieu, la personne aimante est ici Philémon, les personnes aimées sont les chrétiens de son entourage. Comme la foi, l’amour n’est pas non plus une fin en soi, mais doit déployer des effets. Paul revient à la raison de ses remerciements : cela lui procure joie et réconfort de constater comme l’amour de Philémon déploie des effets à l’extérieur et rafraîchit le cœur de ses frères chrétiens.

L’amour envers les chrétiens ? Pourquoi faut-il y réfléchir ? L’amour envers les non-chrétiens est pourtant bien plus important ! Toutefois, quelle est la situation parmi nous chrétiens ? Est-ce de l’amour, lorsque je parle de mes semblables dans leur dos ? Est-ce de l’amour, lorsque je juge mes semblables pour leurs erreurs et leurs faiblesses ? Est-ce de l’amour, lorsque j’abandonne mes semblables avec leurs problèmes et lorsque je me tais au lieu de les encourager, de les consoler et de les avertir ?

Il y a des gens qui se sentent seuls, superflus, pas pris au sérieux. Ici sous nos latitudes ? Aussi chez nous ! L’avons-nous remarqué ? Si oui, faisons-nous quelque chose ? Si non, pourquoi ne le remarquons-nous pas ? Je sais, nous avons beaucoup à faire. Mais le « manque de temps » n’est-il pas souvent un prétexte ? Pour un DVD, nous avons toujours le temps ? La raison n’est-elle pas plutôt à chercher du côté de la paresse ? Parfois, il suffit d’un regard ouvert, d’un sourire, d’un bonjour, d’un « comment vas-tu ? » ou d’un « quelle chance que tu existes ! » pour signaler à l’autre qu’il est pris au sérieux. Et pour un tel geste, il y a toujours le temps. Cela peut parfois sauver la journée d’une personne. Nous savons tous ce qu’est l’amour : pas seulement un sentiment, mais aussi une décision ou parfois même un rappel à l’ordre ou un avertissement. L’amour n’est pas seulement un mot, mais se montre dans l’attitude et dans les actes. L’amour, c’est le signe distinctif auquel « le monde » nous reconnaît, nous chrétiens.

« Ne bâtissons pas de tours sans fondations ; car le Seigneur ne considère pas tellement la taille des ouvrages, mais plutôt l’amour avec lequel ils ont été érigés. » (Saint Thérèse d’Avila). « Avant tout, ayez un amour ardent les uns pour les autres, car l’amour couvrira une foule de péchés. » (1 Pierre 4:8). « Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actes et avec vérité. » (1 Jean 3:18). Car : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, alors qu’il déteste son frère, c’est un menteur. En effet, si quelqu’un n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? » (1 Jean 4:20). « Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu au fait que nous aimons Dieu et respectons ses commandements. En effet, l’amour envers Dieu consiste à respecter ses commandements. Or, ses commandements ne représentent pas un fardeau, … » (1 Jean 5:2 et 3).

Des personnes tout à fait normales
Ce qui semble être une attente exagérée, c’est d’écrire une lettre au commun des mortels. Philémon aussi avait ses défauts et ses erreurs. Mais son cœur était dirigé vers Jésus et ce dernier l’avait changé. Paul ne mentionne pas ses talents, son travail et ses prédications merveilleuses. Ce qui lui était resté, lorsqu’il pensait à Philémon, c’était sa foi et son amour. Ceux-ci ne sont pas des fins en soi, mais doivent déployer des effets : la communion, la connaissance du bien en nous, la transformation pour ressembler à Jésus, l’amour des chrétiens, être auprès d’eux, être là pour eux, les rafraîchir. « Il n’existe aucune meilleure œuvre que celles qui sont accomplies par la foi et l’amour. » (Saint Augustin).

Prions pour la transformation, afin que nous nous distinguions par notre foi et par notre amour. Que nous vivions de manière à ce que l’on perçoive Jésus en nous. À proximité de Dieu, nous sommes transformés, nous devenons toujours plus à son image. Nous avons besoin de sa parole, nous avons besoin des autres, de la communion avec d’autres chrétiens, afin de nous « polir » mutuellement. Afin que les diamants bruts se transforment en cristaux merveilleux, dans lesquels la lumière se réfracte.

Auteur
L. Geissler

Publié le
28.1.2019